Coopération chercheurs et industriels : deux chercheurs donnent les clés d’une collaboration réussie !

Coopération chercheurs et industriels : deux chercheurs donnent les clés d’une collaboration réussie !

Au quotidien, les recherches des académiques servent de nombreux cas d’application dans de multiples secteurs. Cependant, les industriels n’ont pas le reflexe premier de faire appel à eux pour leurs projets de R&D. Pourtant plein de ressources, les chercheurs sont des professionnels de confiance qui ont soif de connaissance et de résultats industrialisables.
Nous explorons ici les visions croisées de Vincent Le Cam, directeur du laboratoire de recherche SII de l’Université Gustave Eiffel à Nantes et de Benoit Guiffard, professeur à l’Université de Nantes et co-responsable de l’équipe « Matériaux fonctionnels » de l’IETR.
À chacun son expertise, à chacun son laboratoire mais avec une vision commune : celle de mettre la collaboration industrielle au cœur de leurs actions !
vincentlecam_photo

Qui êtes-vous et quel est votre environnement de travail ?

« Je suis Vincent Le Cam, directeur du laboratoire de recherche SII (Structure et Instrumentation Intégrés) de l’Université Gustave Eiffel sur le campus de Nantes. Un laboratoire dédié à l’électronique pour les structures à enjeux. On parle de structure à enjeux lorsque des vies sont en jeu ou bien lorsque la structure a un coût très important… Au quotidien, ce sont 34 personnes qui collaborent au sein du laboratoire sous ma direction. Tout au long de l’année, je donne également des cours sous forme de vacation au sein d’écoles de la région. »

« Je suis Benoît Guiffard, Professeur au Département de Physique de la Faculté des Sciences de l’Université de Nantes depuis 2011 et rattaché à l’ Institut d’Electronique et des Technologies du numéRique (IETR UMR CNRS 6164). Je travaille plus précisément au sein du Département “Antennes et Dispositifs Hyperfréquences” (ADH) et je suis co-responsable de l’Equipe “Matériaux fonctionnels” »

Tous deux ont un point commun : leur participation au sein du Programme WISE (West Intelligence Systems & Electronics) pour accélérer les collaborations entre industriels et académiques dans les Pays de la Loire.

Qu’est-ce que le programme WISE ?

Le programme WISE – West Intelligent Systems& Electronics – fédère à l’Ouest l’écosystème de l’électronique et des systèmes intelligents. C’est l’un des RFI (Recherche Formation et Innovation) dédié à l’électronique que soutient la région Pays de la Loire. Ce RFI a pour objectif de soutenir la filière dans la région pour accélérer les liens entre industriels et académiques. Les académiques étant les laboratoires mais aussi les universités…

Comment les industriels viennent à travailler avec les académiques ?

Il y a plein de façons pour les industriels de venir travailler avec des académiques. Cependant, ils ne sont pas les premiers acteurs auxquels pensent les dirigeants pour leurs problématiques de Recherches et Développement (R&D).

Mais un dispositif se démarque au sein du programme WISE : les Appels à Projets (AAP).

Il existe bien sûr des moyens plus informels de faire se rencontrer académiques et industriels : les séminaires et conférences où les académiques dévoilent les résultats de leurs travaux. Les publications sont également un moyen d’évaluer un laboratoire sur la quantité et la qualité de ses activités de recherche.

Pour Vincent Le Cam « Ces conférences et séminaires nous donnent la parole pour dévoiler nos recherches et travaux en cours et finis. Ils sont un bon moyen de se faire connaître auprès d’un public d’entreprises. Et pour ce qui est de l’université Gustave Eiffel, nous avons des relations historiques avec de grands industriels grâce notamment aux accords-cadres. »

 

Benoît Guiffard évoque d’autres pistes de mises en relation tels que : « des doctorants des laboratoires qui, après leur thèse, sont recrutés dans des entreprises. À la suite de leur embauche, ils font travailler leurs anciennes relations académiques. Je pense également aux montages de projet avec la Direction Générale de l’Armement (DGA) qui organise des rencontres entre industriels et laboratoires. Enfin, une prise de contact directe peut parfois susciter l’intérêt de l’industriel pour une application ou un produit ciblés et initier des collaborations fructueuses».

Dans quels types de projets pouvez-vous intervenir ?

Les académiques peuvent intervenir pour tous types de projets de R&D en lien avec le savoir-faire du laboratoire / de l’université. Chacun ayant une spécialité de recherche.

Il y a 2 cas principaux pour lesquels les entreprises font appels à des chercheurs :

 

  1. L’entreprise ne possède pas l’expertise pour effectuer de la R&D. => Ce qu’elle souhaite ? Externaliser sa R&D pour créer son innovation. Ici, l’entreprise recherche un véritable partenaire R&D.

 

  1. L’entreprise a déjà des projets de R&D en cours mais manque de temps ou d’expertise. => Elle recherche la réalisation, un prototype et ou encore les équipements nécessaires auprès des laboratoires. Ce qu’elle souhaite ? Une recherche plus importante et plus intense sur un temps donné plus long.

En quoi la collaboration avec un laboratoire aide à accélérer les projets de R&D ?

Les avantages sont nombreux du côté des industriels ! Les laboratoires sont des partenaires qui permettent une plus grande prise de risque dans leurs projets et une implication des plus sérieuses auprès des chercheurs qui sont de véritables passionnées de leurs sujets. C’est une opportunité unique de faire de la R&D et de faire de la mise à jour technologique.

Les laboratoires permettent également aux industriels d’accéder aux nombreux brevets qu’ils détiennent !

Mais pour Vincent Le Cam et Benoît Guiffard il y a aussi l’effet d’image « Pouvoir affirmer que son produit a été développé avec tel laboratoire offre une image sérieuse et experte » .

Les entreprises ont souvent l’a priori que la recherche est un processus long et fastidieux. Mais celles qui passent le cap sont le plus souvent agréablement surprises des réponses que les chercheurs apportent à leurs problématiques.

Côté financier, faire appel à des académiques permet d’accéder à de nombreuses aides fournies par l’état tel que le Crédit Impôt Recherche (CIR).

Pour Benoît Guiffard, l’intérêt est à la fois technologique et financier : «Le partenariat avec les laboratoires peut entraîner une montée rapide en TRL (Technology Readiness Level)en accélérant la maturité technologique permettant l’industrialisation [NDLR] -, notamment par des transferts de procédé. Il permet également d’accéder au montage de Fonds Unique Interministériel (FUI) ou encore aux Bourses Cifre ».

Pour une entreprise, quels sont les pré-requis avant de faire appel à un laboratoire ?

Il n’y a pas de profils types d’entreprises pouvant faire appel à des académiques. De la PME au grand groupe en passant par l’ETI, tous peuvent y accéder grâce aux financements qui peuvent être trouvés en amont ou bien même par l’intermédiaire du laboratoire.

Au sein du Wise Program comme ailleurs, un principe revient régulièrement : celui du co-financement. C’est un dispositif qui favorise le dialogue puisqu’il faut trouver la moitié manquante de financement mais cela nécessite de nombreux échanges et des formalités administratives plus importantes.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les coopérations entre académiques et industriels fonctionnent uniquement lorsque l’entreprise ne perçoit pas le laboratoire comme un sous-traitant. Comme le souligne Vincent Le Cam « Les laboratoires ne sont pas des bureaux d’études. Nous n’avons pas de contrat avec obligation de résultat mais des contrats avec des obligations de moyens ».

Alors pour réussir la collaboration, il faudra pouvoir compter sur une équipe dédiée au projet au sein de l’entreprise pour faire l’interface afin que les chercheurs puissent aisément communiquer leurs découvertes et leurs constats. Une façon d’avancer plus vite et plus sereinement pour chacune des parties.

Qu’est-ce qui motive un chercheur à travailler sur les problématiques R&D d’une entreprise ?

Les relations avec les entreprises nourrissent les académiques. Vincent Le Cam est plutôt emballé par la question « Je dirais que ça motive, ça challenge ce que l’on fait. Il y a une application, une utilisation, une valorisation de nos recherches par la suite. C’est la raison pour laquelle on se lève le matin et on travaille 10h de suite sur des sujets compliqués. »

Mais il y a aussi un intérêt plus terre à terre : l’aspect financier. Car les industriels, en faisant appel aux académiques, financent une partie de la recherche des académiques. Ils sont une source de financement.

3 conseils pratiques pour les industriels qui veulent lancer de la R&D ?

  • Osez rencontrer les académiques de vos régions : les rencontres réelles permettent de riches échanges !
  • Ouvrez vos portes ! Cela fait vivre le lien entre académiques et industriels :
  • Pensez innovation first ! La R&D est accessible : le financement se trouvera d’une manière ou d’une autre !