13 novembre 2019

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Parade connect, la chaussure pied au plancher !

Parade connect, la chaussure pied au plancher !

Au cœur de ses bureaux situés à la coopérative Angers French Tech, Franck Cherel est revenu pour nous sur les étapes clés – et imprévus ! – du projet de chaussures connectées dédiées à la sécurité de son porteur. Aujourd’hui au stade de la production industrielle, les clients attendent leurs premières paires dès la fin 2019. Embarquez dans l’aventure IoT de Parade Connect !

1 – Histoire et parcours

Laura Baumont – Quel a été votre parcours professionnel avant de vous lancer dans l’aventure Parade ?

Franck Chérel : Ma toute première expérience professionnelle était dédiée à ma passion : la voile ! J’ai donc débuté ma carrière en dessinant des bateaux à voiles !

Puis j’ai été embauché par le Groupe Eram, il y a 28 ans maintenant, pour commercialiser des revêtements antidérapants sous la marque TBS – pour la petite histoire TBS est l’acronyme de « Terre Battue Synthétique ». La vocation initiale de l’entreprise était la production de courts de tennis en revêtement synthétique puis d’antidérapant pour les ponts de bateau.

Grâce à cette expérience, j’ai découvert l’univers des polymères (matériau utilisé pour fabriquer les semelles de chaussures) et par capillarité, j’ai basculé vers la fabrication des semelles de chaussure et me suis davantage imprégné de l’univers du Groupe Eram.

Puis en 2011, j’ai rejoint la société Parade, une autre filiale du Groupe Eram. Nos innovations technologiques, notre ancrage fort dans l’Ouest, territoire industriel riche en compétences dans la chaussure et le travail constant de toutes les équipes avaient fait de cette marque LE leader fabricant français de chaussures de sécurité.

LB – Pouvez-vous raconter l’histoire de Parade ? Sa création ainsi que ses équipes ?

FC : La société Parade a été créé en 1978, une époque particulièrement créative pour l’ensemble du groupe Eram. Bon nombre des filiales du groupe Eram ont vu le jour à cette époque et notamment TBS.

Avec cette créativité, de nouvelles techniques de fabrication sont nés et permettaient la production de chaussures françaises extrêmement résistantes, à moindre coût et plus rapidement.

Innovation, précision du geste et sécurité ont été les thèmes forts, qui nous ont permis  de devenir au fil des années le référent français de la chaussure de sécurité.

LB – En 2016, vous décidez de créer Parade Connect, une toute nouvelle gamme de chaussures connectées pour les usages professionnels et de loisirs. Comment vous est venu l’idée de créer une chaussure connectée qui détecte les chutes ?

FC : À mon arrivée chez Parade en 2011, nous décidons de nous questionner sur l’avenir de la sécurité. Et tout de suite, dès la première semaine, c’est une certitude : demain les chaussures seront connectées et elles apporteront encore plus de sécurité aux porteurs. Comment ? Nous ne le savions pas encore.

Mais quelle que soit la piste envisagée en termes de fonctionnalités du produit, nous avions une certitude, c’est que la technologie qui permettait les nouveaux usages n’était pas encore disponible. Quelques exemples : la miniaturisation de l’électronique, la densité des réseaux de communications ou la fiabilité des solutions logicielles, ne répondaient pas à nos contraintes. Il a donc fallu faire preuve de patience afin que la technologie soit assez mature et que l’on ait les compétences en interne pour développer cette idée.

En 2016, j’ai la chance de réunir une équipe d’ingénieurs, de techniciens, de commerciaux, de marketers qui ont cette même envie, cette même certitude que l’équipe. Aujourd’hui, nous partageons tous cette vision que demain, la sécurité sera augmentée grâce à l’électronique.

C’est à ce moment que Parade Connect et son projet de chaussure à détection de chutes a vu le jour.

LB – Avez-vous rencontré des difficultés au cours du développement de Parade Connect ?

FC :  Aux prémices du projet de chaussure connectée, nous pensions trouver une brique technologique existante qu’il suffirait d’intégrer dans la chaussure.

Nous avons donc commencé par faire nos recherches, à faire le tour des salons en France et à l’étranger pour trouver cette fameuse brique technologique. Par analogie, nous avons rencontré à ce moment-là quelques entrepreneurs ayant développé des produits assez similaires à notre idée. Nous sommes finalement parvenus à réaliser une preuve de concept (PoC), c’était la partie plutôt facile, ça s’est fait assez rapidement.

Mais lorsqu’est venu le moment de passer à l’étape d’industrialisation, des problèmes techniques sont survenus. Ils impactaient des critères aussi importants que les fonctionnalités, l’autonomie, les capacités de la chaussure… Le PoC (Proof Of Concept) n’était pas assez robuste pour l’environnement dans lequel il allait évoluer, à savoir les chantiers pour les travailleurs isolés ou les activités quotidiennes pour une personne âgée, deux cas d’usages qui nous tiennent à cœur depuis le début du projet.

À ce moment-ci nous étions persuadés que l’électronique dont nous avions besoin pour réaliser le projet n’existait pas en Europe, qu’elle se trouvait uniquement en Asie, en Chine plus précisément. Et à ce moment-là on s’est un peu dit « nous ne sommes pas des électroniciens et nous tenons à notre propriété intellectuelle : est-ce que c’est vraiment pertinent de développer le projet en Chine ? » Nous voulions maîtriser notre produit de A à Z pour faire évoluer nos gammes dans la durée : nous avons donc continué à chercher des partenaires dont la proximité et la réactivité pouvaient répondre à nos attentes.

Donc, en termes de contraintes, c’est surtout la réalisation technique du projet ainsi que la recherche des bons partenaires qui ont été plus problématiques.

LB – Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?

FC : La première chose qui nous a fait tenir, c’est l’engouement rencontré lors de la présentation de notre projet par les prospects ou les clients déjà existants de Parade (les chaussures non connectées). De plus, la chaussure de sécurité n’est pas un gadget. Il y a une véritable mission derrière la conception de ce produit : protéger l’humain.

Et puis dans les moments de doute – cela arrive évidemment – il y a ces instants magiques où notre aventure semble pouvoir réellement répondre à une histoire personnelle. Il y a un peu plus d’un an, j’ai reçu un email d’une jeune femme, alors que nous venions à peine d’avoir l’idée de se lancer dans la chaussure de protection pour personnes âgées. L’équipe venait de remporter un prix pour la silver économie lors de la Silver Night.

Les médias ont repris cet événement et quelques jours après, j’ai reçu ce fameux email qui disait :

« Bonjour, j’ai 35 ans. Je suis épileptique depuis l’âge de 25 ans et je n’ose pas sortir dans la rue car je fais régulièrement des crises d’épilepsie, sans pouvoir les prévenir. J’ai peur à l’idée que personne ne puisse m’aider à temps si cela se produit. Depuis que je vous ai découvert, je revis ! Rien qu’à l’idée de pouvoir être retrouvée dans la rue s’il m’arrivait quelque chose, j’ai repris espoir ».

Cet email ainsi que notre mission, sont un véritable carburant pour l’équipe et moi-même !

2 – Parade Connect sera produite en France

LB – Le made in France : contrainte ou évidence ?

FC : Le made In France était à la fois une évidence et une opportunité extraordinaire. Mais nous n’avions absolument pas conscience de tout ce qui était faisable avant de rencontrer We Network.

      • Première raison : notre stratégie , puisque notre projet de chaussure connectée demande la réalisation de petites séries dans cette phase initiale de lancement de produit. Et pour ce faire, il est important de travailler avec une usine que l’on maîtrise. Si nous avions tenté de produire dans une usine qui se trouve de l’autre côté du globe, nous aurions été contraints de réaliser de gros volumes. Les pays asiatiques ne font que des gros volumes, ils ne veulent pas être perturbés avec des petites séries.
      • Deuxième raison : la propriété intellectuelle qui n’est pas aussi considérée et appliquée en Asie qu’elle peut l’être en France, par exemple. C’était un risque que nous ne voulions pas prendre avec Parade Connect.
      • Troisième raison : la simplicité, il est plus « facile » de faire émerger un projet au sein d’une ville telle qu’Angers plutôt que Paris ou New York ! Dans les grandes villes, il est difficile de se faire entendre et de trouver sa place. De plus, la région des Pays de la Loire possède une qualité de vie correspondant à nos valeurs en tant que marque et dans laquelle nous avions déjà profondément nos racines, puisque le groupe Eram en est originaire. Et c’est en partie pour cela que nous sommes allés au-delà de la fabrication française en travaillant majoritairement avec des entreprises des Pays de la Loire. Et en plus, nous avons découvert au cours du projet que c’est aussi le 1er bassin d’emploi de l’électronique en France, et de sous-traitance électronique en Europe de quoi mener à bien le projet en toute confiance !
      • Quatrième et dernière raison : la rapidité et la réactivité de tout avoir à proximité de notre projet ! Et cette rapidité se traduit aussi dans notre démarche RSE. Dans un esprit d’éco-conception du produit et des services, nous gagnons du temps mais aussi de l’énergie à produire à proximité. Nous consommons moins à nous déplacer dans la ville qu’à nous déplacer à l’autre bout du monde.

 

Il nous arrive évidemment de travailler en dehors de la région et de la France pour trouver des compétences particulières mais nous privilégions toujours la proximité qui présente tous ces avantages.

LB – Concrètement, quel a été l’apport de We Network ? À quelles étapes du projet ?

FC : Avant de connaître We Network ou la Cité de l’Objet Connecté (NDLR : qui est désormais intégrée dans l’offre de services de We Network), nous parcourions différents salons sur les thématiques de l’électronique et de l’IoT. C’est pendant ces événements que l’on a entendu parler d’un tissu électronique français structuré par le centre technique We Network, dans l’Ouest de la France et plus particulièrement à Angers.

Nous sommes donc allés à la rencontre de l’équipe technique We Network qui nous a accompagné pour la définition d’un cahier des charges. Le plateau technique de la Cité de l’Objet Connecté a été également mobilisé pour réaliser nos premiers PoCs (Preuves de concept) dans un temps record.

We Network nous a accompagné au commencement de notre projet sur deux points importants :

              • Le cahier des charges: les experts We Network ont été à notre écoute tout au long de la collaboration. C’est ce qui a permis de traduire les idées/concepts de notre projet en un cahier des charges écrit et technique avec les terminologies nécessaires à un bureau d’étude pour réaliser un objet connecté.
              • L’appel d’offres: une fois le cahier des charges finalisé, nous avons mandaté We Network pour réaliser l’appel d’offres. Sur les conseils avisés des experts, le dossier avait été scindé en deux : une partie hardware et une partie software.

 

À travers cet accompagnement, nous avons aussi beaucoup appris sur les capabilités industrielles en France et en région, qui réunissent l’intégralité des compétences de la conception et la production d’objets connectés. La production y est abordable et plus rapide en termes de développement que lorsqu’il faut gérer de multiples aller-retours de versions prototypes avec des partenaires distants. Cela a bien évidemment confirmé notre intention de faire du made in France.

 

 

C’est comme cela que nous avons commencé à travailler avec Eolane, qui avait remporté l’appel d’offres sur la partie conception / développement. Et c’est la société Scalian qui avait été retenu pour la partie informatique. Et nous avons continué le développement du projet avec We Network pour l’assistance à maîtrise d’ouvrage.

Le dossier a continué de mûrir et nous avons réalisé nos premières présentations grand public et salons. Cela nous a permis de confirmer rapidement l’intérêt porté à la chaussure connectée et donc de passer jusqu’à la phase industrialisation. Et une fois cette phase d’industrialisation achevé, nous avons lancé un appel d’offre pour la production de nos produits, qui a été remporté par Lacroix Electronics. Les lignes de production – pour les chaussures et leur électronique intégrée – tournent à l’heure actuelle. Notre nouveau site internet parade-connect.com permettra la commande sous 72H, au premier semestre 2020.

3 – Quel futur pour vos nouvelles gammes de produits ?

LB – Quels étapes à venir pour Parade Connect ?

FC : La commercialisation ! C’est la première étape avant tout ! Avoir nos premiers succès nationaux, pour prouver à tous la justesse et la robustesse de la solution que nous proposons. Et dans un second temps, nous visons le marché international.

Nous avons participé à de nombreux salons à l’étranger qui nous ont démontré un énorme potentiel mais il nous faut d’abord démontrer notre capacité à déployer la solution sur un pays européen. En l’occurrence, nous prévoyons l’Allemagne puis le reste de l’Europe et enfin, les Etats-Unis !

Une partie de l'équipe Parade Connect (anciennement Evone) avec son prix remporté lors du CES Las Vegas

LB – C’est quoi Parade Connect dans 10 ans ?

FC : Il y a bien sûr nos gammes de chaussures professionnel et loisirs qui je l’espère, seront présentes à l’international. Je vois aussi tous les nouveaux usages possibles dans le monde de la chaussure. Dans dix ans, je rêve que toutes les chaussures seront connectées. Elles disposeront toutes d’une petite puce que tout un chacun pourra activer selon son envie avec la prestation dont il a besoin. Les chaussures connectées accompagneront les individus tout au long de leur vie.

Depuis le début de l’aventure, nous avons une conviction intime de la puissance du projet au sein de l’équipe et au sein du Groupe Eram. Aujourd’hui l’actualité Tech nous montre que nous ne nous sommes pas trompés puisque Apple avec son Apple Watch et Google avec le rachat de Fitbit se penchent sérieusement sur les wearables (les objets connectés à porter sur soi) capables de répondre à ces problématique de détection des chutes. Le champ des possibles est encore énorme !

Partie 4 – Se lancer dans l’aventure de l’objet connecté

LB – Et pour finir cette interview, quels conseils pour un porteur de projet souhaitant créer un objet connecté ?

FC : Plus que dans tout autre projet entrepreneurial, ce qui est important à savoir c’est que la réalisation d’un objet connecté est loin d’être un long fleuve tranquille. Au-delà du développement produit et de sa commercialisation, il y a des éléments absolument essentiels qui sont souvent oubliés car mal aimés ! Or ce sont des sujets fondamentaux pour arriver à un produit fiable et vendable sur le marché.

Au-delà des éléments techniques que nous avons évoqués, ces sujets clés correspondent à :

      1. La propriété intellectuelle et le brevet
      2. La partie juridique, indispensable pour arriver à un système fonctionnel, fiable et en conformité avec la loi
      3. La sécurité : infrastructure informatique, protection des données, cybersécurité, …

 

Et pour finir, je dirais qu’il faut s’armer de patience, ne pas minimiser les écueils, ni les moyens financiers ou encore le temps nécessaire à sa réalisation.

LB – Merci pour ces conseils Franck ! Et en ce qui concerne l’accompagnement technique, vous pourrez toujours faire appel à We Network.

Vous aussi vous avez un projet d’objet connecté ? Alors découvrez ce que We Network peut faire pour vous !