15/06/2022

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Écosystème, WeNetwork

Startups industrielles : du (re)nouveau dans le monde de l’industrie !

Startups industrielles : du (re)nouveau dans le monde de l’industrie !

Depuis plusieurs mois, le terme de « startup industrielle » submerge la presse et les réseaux sociaux.

S’agit -il d’un nouveau mot ou bien d’un tout nouveau concept ? Pourquoi l’écosystème startup s’agite-t-il autour de ces futures licornes ?

 

Nous avons fait le point lors de notre premier événement #StartupTour2022 Industries et startups industrielles : le meilleur des deux mondes ! Cette première édition s’est déroulée au Technocampus Electronique & IoT. Elle sera suivie d’éditions à Lille, Bordeaux, Lyon ou encore Toulouse…

 

Zoom sur l’effervescence autour des startups industrielles françaises et leur quotidien !

Nouveau concept ou nouveau mot ?

Le terme startup industrielle est nouveau mais la création de jeunes entreprises innovantes dans le monde de l’industrie l’est moins. Cela fait bien 5 à 10 ans que des entreprises telles que Euveka ou encore Exotec ont vu le jour.

 

« Les startups industrielles correspondent à de jeunes entreprises innovantes qui ont vocation à créer des productions industrielles. Représentant aujourd’hui 12% des startups en France, elles contribuent à la réindustrialisation des territoires : 62 % des sièges de ces entreprises sont situés hors de l’Île-de-France. » selon le Conseil Général de l’Economie.

 

Et depuis octobre 2021, via le plan de relance France 2030, les startups industrielles sont mises sur le devant de la scène.

 

En effet, l’Etat réaffirme sa volonté à réindustrialiser la France, notamment en favorisant l’émergence des startups industrielles et deeptech, car elles participent au renouveau industriel à plusieurs niveaux :

 

  • Elles apportent des méthodes de rupture, développent des technologies innovantes, qui peuvent inspirer. La collaboration entre startups industrielles / deeptech et industriels permet aux métiers traditionnels de se renouveler et de conserver leur compétitivité.
  • Souvent, elles souhaitent être « Made in France » et s’appuient donc sur le tissu industriel français pour produire.
  • Elles peuvent avoir besoin, elles-mêmes, de développer leur propre usine sur le territoire français.

 

Il ne s’agit donc pas d’opposer le monde industriel et le monde des startups, car ces deux mondes ont, au contraire, tout intérêt à collaborer.

 

Source : Gouvernement – France 2030

Quels freins rencontrés par les startups industrielles ?

L’effervescence pour faire naître ces startups industrielles a également mis en lumière les freins auxquels elles sont confrontées lors de leur amorçage industriel !

Le Collectif Startups Industrielles France en a identifié 7, et nous avons pu évoquer 4 d’entre eux lors de la table ronde animée par Eleonore Blondeau, présidente du CSIF, avec deux entrepreneurs, Clément Benassy de Néolithe et Louis Golaz de RED Horticulture, Malek Fiouane de Bpifrance et Sébastien Rospide, DG de We Network :

1. Le financement

Et c’est bien l’une des principales différences avec les startups dites SaaS : les investissements nécessaires lors de la phase de pré-industrialisation sont décuplés !

 

Créer une entreprise sur un modèle industriel demande l’acquisition d’un bâtiment (sauf dans le cas d’un projet dit « Fabless »), l’acquisition de matières premières etc…

 

Le besoin en fond de roulement (BFR) est d’autant plus important qu’il doit permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance sereinement… En effet, il est nécessaire d’investir dans son outil de production industriel avant même de commencer à vendre !

 

C’est pour cela « Que pour une startup industrielle, une bonne année commerciale n’est pas forcément une bonne année en production car il peut être difficile de trouver les capitaux nécessaires au financement du BFR » a précise Louis GOLAZ, CEO de Red Horticulture lors de notre table ronde du #StartupTour2022.

 

Le rapport de septembre 2021 sur les « leviers de croissance des start-ups industrielles » souligne le cap à franchir pour passer de l’innovation à l’industrialisation, de l’idée à sa concrétisation et à son développement sur notre territoire, dans un démonstrateur ou une première usine.

 

« Nombreux sont les projets encore considérés comme trop risqués par les investisseurs privés français, ce qui conduit des entreprises pourtant décisives pour la souveraineté technologique et industrielle de notre pays à préférer se développer à l’étranger »

Source : Gouvernement – France 2030

Au delà des solutions proposées par Bpifrance, dans le cadre du plan « Startups et PME industrielles« , les startups industrielles doivent trouver des « fonds patients » qui pourront soutenir leur activité sur le long terme.

2. Les ressources humaines

Pour les startups, les premiers recrutements sont décisifs car ils vont grandement déterminer la suite de l’aventure.

 

Comme pour toutes entreprises, ce sont les employés qui créent de la valeur ! Compétences-clés, évolution de l’équipe, équilibre entre recrutement et externalisation, autant de choix décisifs au démarrage de l’activité.

 

Et le défi pour les startups industrielles réside à la fois dans le recrutement des cadres mais également des opérateurs et techniciens. La croissance rapide des organisations augmente de façon drastique le besoin en recrutement.

 

Mais leur atout « recrutement » réside dans la nouveauté ! Car pour ces startups industrielles, tout reste à dessiner. Il est donc plus facile d’intégrer un nouveau collaborateur dans la définition de la stratégie de l’entreprise. À contrario des grands groupes pour lesquels tout est déjà mis en place…

3. Les locaux / l’hébergement

Si l’activité industrielle est opérée en interne, il sera nécessaire d’acquérir, ou du moins de louer, des bâtiments. La question ne se pose pas lorsque la startup industrielle est « fabless », c’est-à-dire, sans usine propre.

 

Lors du startup tour 2022, Clément Benassy de Néolithe a su partager son expérience à ce sujet.

 

Cette startup a développé un procédé breveté de fossilisation unique au monde pour transformer les déchets non-recyclables, non-inertes et non-dangereux, en granulats minéraux, autrement dit en pierres, utilisables dans le secteur de la construction.

 

Et pour cela, de l’espace est nécessaire ! Ils ont eu besoin d’avoir un bâtiment évolutif, grandissant avec leur succès.

 

Mais louer des locaux sans bilan ni chiffre d’affaires, lorsque l’on en est au démarrage de son activité, n’est pas mince affaire pour nos startups industrielles.

 

Pour palier ce besoin d’espace, Néolithe s’est rapproché de la communauté de communes dans laquelle elle est implantée pour obtenir des solutions concrètes à leur besoin.

 

Leur conseil ? Se rapprocher des institutions publiques : agglomération, région… Si le projet est solide, ils sauront apporter leur pierre à l’édifice !

4. La démocratisation

Comme l’a abordé Eléonore Blondeau durant la table ronde, , il faut démocratiser l’univers de ces startups !

 

« Dans l’écosystème startup, les mots  »pyhon »,  »SaaS »,  »e-commerce » sont habituels mais dès que l’on parle de  »Design to Cost » ou encore  »banc de test », le langage est bien moins universel ! »

 

Par ailleurs, encore trop souvent l’innovation de rupture est associée à une innovation technologique. Or il existe 6 formes d’innovation de rupture selon le Guide de l’Innovation Nouvelle Génération proposé par BPI…

 

Il y a donc aujourd’hui un vrai besoin d’acculturation, de démocratisation de l’industrie auprès des structures qui accompagnent les startups industrielles !

Industriels et startups s’inspirent pour prospérer

Pour réindustrialiser la France, le gouvernement compte sur la force des industriels présents et l’esprit novateur des startups industrielles.

Mais plutôt que de travailler en parallèle, certains ont décidé de travailler… ensemble ! Car plutôt que d’opposer ces deux mondes, il faut tirer le meilleur de chacun.

 

Lors du startup tour, Hutchinson est revenu sur l’acquisition d’une startup industrielle au sein de leur groupe.

 

Avant d’être racheté, Dymeo créait son produit et en était au stade de l’industrialisation. Leur produit n’était pas encore commercialisé. Puis Hutchinson est entré dans la boucle, a acquis la startup et son savoir-faire.

 

Avec cette acquisition, c’est le choc des cultures ! L’autonomie et la rapidité de Dymeo ont fait face aux processus et à la verticalité d’un grand groupe.

 

Pour faire travailler ensemble les équipes, la formation autour des enjeux de l’industrialisation du produit a permis d’avancer avec un même objectif.

 

« Bien comprendre le degré de maturité de la startup par rapport au marché permet de passer de la maquette fonctionnelle à la série » précise Michel Grall, Marketing & Business Development Director chez Hutchinson.

 

Au-delà des possibilités d’acquisition entre startups industrielles et grands groupes, d’autres voies sont à explorer.

 

Pour Lunii et ALL Circuits, les relations ne doivent pas s’arrêter à de simples liens client / fournisseur mais à un véritable partenariat.

 

Dès 2018, Lunii lance une demande de production en France et en Europe pour relocaliser la fabrication de leur boîte à histoires.

 

Alors fabriquées en Asie pour des raisons de coûts au démarrage, la fondatrice a souhaité rapatrier la production en France pour rester alignée avec ses convictions !

 

Dans tous les dossiers reçus, ALL Circuits se démarque en se présentant comme un véritable partenaire. Mais c’est également la qualité du dossier qui a su convaincre la startup.

 

L’éco-conception et le maintien du prix de vente originel étaient au cœur du projet de relocalisation.

 

Raphaël Vauthier, responsable du développement commercial chez ALL Circuits précise : « discuter avec des fondateurs directement et échanger sur des enjeux plus généraux, s’inscrire dans une dimension plus large qu’uniquement technique est une méthode de collaboration qui nous inspire ».

 

La maturité d’une jeune équipe telle que Lunii a impressionné l’EMS. Insuffler « de la jeunesse » dans les organisations plus anciennes fait écho et fonctionne à merveille d’après ces deux organisations.

 

« Le monde de l’industrie est fantastique car il sait s’investir pleinement pour atteindre ses objectifs » ajoute Tatiana Ricard, responsable production série chez Lunii.

 

Lunii a apporté flexibilité et agilité à ALL Circuits et, à contrario, ils ont su apporter plus de rigueur dans les processus de la startup.

Alors, quel avenir pour l’industrie en France ?

Des usines engagées, de proximité, responsables et innovantes… Ce sont les termes choisis par Anne-Céline Humeau, CEO de HUMEAU-BEAUPREAU SAS et Justine Perussel, DGA de Temo, pour définir l’industrie de demain, si elles avaient une baguette magique !

Mais suite à la désindustrialisation amorcée en France dans les années 80, la tendance doit maintenant être inversée et cela se fera dans la durée.

 

Pour Anaïs VOY-GILLIS, chercheuse à l’IAE de Poitiers et Associée chez June Partner, spécialiste sur le sujet de la réindustrialisation : « Si l’on veut envisager la réindustrialisation, la solidarité entre les acteurs sera indispensable ! Car nous savons qu’en France, les délais de paiement sont une cause de faillite… »

 

Il faudra également amener son usine à se transformer et à la rendre plus éco-responsable, comme l’exemple de Pocheco, à Lille. Depuis plus de 20 ans, l’usine fabricante d’enveloppes apporte des modifications à son usine pour « Entreprendre sans détruire ». Autosuffisance en eau, toit terrasse végétalisé et autres modifications pour réutiliser 98 % de leur énergie.

 

Et c’est cette modification de l’état d’esprit des industries qui peut attirer dorénavant les talents. Les startups industrielles tricolores jouent désormais dans la cour des grands et sont un vivier d’emplois pour demain.

 

Une chose est sûre, l’industrie française doit profiter de cette impulsion pour réindustrialiser son territoire !

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